Mariage d’enfants à l’Est du Burkina : Malgré les condamnations, le phénomène persiste

Le réseau Initiatives des Journalistes Africains pour la Coopération et le Développement (IJACOD), en collaboration avec l’UNICEF, a parcouru la région de l’Est du Burkina du 10 au 13 septembre 2019.  Il s’agit d’une énième traque à des phénomènes à la peau dure : mariage d’enfants et rapt. Cette sortie s’inscrit dans le cadre de la deuxième étape de la campagne de sensibilisation sur l’abandon de pratiques néfastes. Des caméras, microphones et calepins ont été employés pour s’imprégner de l’état des lieux du mariage d’enfants et des rapts dans le Gourma.

« J’ai 14 ans. C’est mon père qui voulait me donner en mariage forcé. Il ne m’a même pas dit. Et je ne voulais pas accepter aussi. C’est pourquoi j’ai fui venir chez les sœurs. Je viens de Gayéri. Je ne connais pas le monsieur à qui il voulait me donner en mariage. J’ignore s’il est trop âgé ou jeune. Je faisais de la couture comme travail.

Les sœurs m’ont conduite à l’Action sociale de Fada. Qui est rentrée en contact avec celle de Gayéri. Mon père a été approché. Il a reconnu qu’il voulait me donner en mariage. Et que si je ne suis toujours pas d’accord, de retourner. Je suis donc chez les sœurs. Et, je ne veux plus repartir en famille ». Ce genre d’histoire est fréquent au Burkina notamment à Fada et environs. Ces récits de vie prouvent que le mariage d’enfants sévit entre autres dans la région de l’Est. 

Au Burkina Faso, une fille sur deux (52% de la population) est mariée avant l’âge de 18 ans. Une sur 10 (10%) avant l’âge de 15 ans. Le pays affiche le cinquième taux de prévalence du mariage d’enfants le plus élevé au monde. Au moins trois grands facteurs permettent aux acteurs d’expliquer la persistance du mariage des enfants.

Des conséquences multidimensionnelles…

Il y a le faible niveau d’éducation : les filles sans éducation se marient plus tôt que celles qui ont terminé leurs études secondaires ou plus. Ensuite, il y a la pauvreté : les filles vivant dans les ménages les plus pauvres du Burkina se marient en moyenne plus tôt que celles vivant dans des familles plus riches.

Et enfin, certaines pratiques néfastes perpétuent le phénomène. Parfois, un accord est, en effet, conclu entre deux familles dès la naissance pour que la fille soit échangée et mariée. D’autres pratiques consistent à marier des nièces de (s) l’épouse (s) du mari.

« Faut-il le rappeler, quand les filles sont mariées durant leur enfance, leurs perspectives de mener une vie épanouie diminuent considérablement. Ce qui enclenche un cycle de pauvreté qui se perpétue de génération en génération. Les filles épouses sont plus susceptibles d’être déscolarisées et victimes de violences domestiques », a insisté le Médecin Chef du District de Fada N’Gourma, Dr Abdoulaye Yaméogo.

Les complications durant la grossesse et l’accouchement sont également des risques. Les enfants de mères adolescentes ont un plus grand risque d’être mort-nés. Ils peuvent aussi décéder juste après la naissance ou avoir un poids insuffisant à la naissance.

Les contrevenants traqués et punis conformément à la loi

Du directeur provincial de l’action sociale, du Médecin Chef de District (MCD), en passant par le Substitut du Procureur et les responsables d’ONG, jusqu’au 1er adjoint au Maire,… tous reconnaissent l’ampleur de la situation. Et l’urgence de continuer d’agir dans cette partie du Burkina. Ils disent s’engager par des campagnes de sensibilisations et de conscientisations des populations. Le but est de réduire au maximum le phénomène des rapts des filles et du mariage d’enfants.

A en croire certains, les populations commencent à comprendre les effets négatifs du mariage d’enfants. Mais, les rapts des filles, quant à eux, demeurent, un fait culturel, voire sociétal. Pour le Médecin Chef, Dr Abdoulaye Yaméogo, le phénomène des rapts des filles a de nombreuses conséquences néfastes sur la santé de la fille. Il a supplié les parents d’éviter d’exposer leurs enfants à toutes les  pratiques pouvant compromettre leur avenir.

Les journalistes ont aussi rencontré Julien Ouédraogo, coordonnateur de l’ONG Mwangaza Action. « Notre structure travaille dans la sensibilisation et la conscientisation des populations sur les pratiques des rapts et les violences faites aux filles et aux femmes », a fait comprendre le responsable de Mwangaza Action.

Malgré des condamnations, les coupables retombent dans les mêmes délits

Sur le plan juridique, les choses sont également en train de bouger. Le Substitut du Procureur, Inoussa Kafando, a fait savoir que les contrevenants ou coupables des violences faites aux filles sont traqués et punis, conformément à la loi.

En 2016, a-t-il révélé, le parquet du TGI de Fada a pris connaissance de 11 cas d’enlèvements de mineurs, de rapts et de mariage d’enfants dont 9 condamnations. 25 cas dont 15 condamnations en 2017. 11 cas dont 7 condamnations en 2018 et 11 faits en 2019.

Et d’ajouter que les condamnations peuvent aller de six mois à 10 ans fermes. Elles visent à dissuader les mis en cause. Mais, que malgré tout, ces derniers retombent souvent dans les mêmes délits. Les Hommes de médias ont rencontré plusieurs autres acteurs dont le Directeur provincial de l’action sociale de Fada N’Gourma, Serge Gaétan Kombary.

Que les jeunes filles aient le choix et le temps nécessaire…

La caravane de presse, selon les journalistes caravaniers, a été une satisfaction. « Car, nous avons rencontré beaucoup d’acteurs sur le terrain. Nous avons rencontré des autorités locales, des leaders coutumiers et religieux, qui travaillent sur la question et ne cessent d’œuvrer pour venir à bout du phénomène du mariage d’enfants », a confié l’un d’eux.

En rappel, la caravane s’inscrit dans le cadre de la campagne « Ne m’appelez pas Madame », lancée à Ouagadougou en mars 2019 par l’UNICEF et ses partenaires. Elle a pour objectif de sensibiliser la population sur le phénomène du mariage des jeunes filles et de lutter contre les préjugés.

L’UNICEF se dit s’engager à éveiller les consciences. Ceci pour que les jeunes filles aient le choix et le temps nécessaire pour s’inscrire, en tant que femmes et en tant que mères, dans la société. Cet engagement se traduit par un appui à la société civile, aux leaders locaux, aux artistes, aux réseaux de jeunes ainsi qu’au gouvernement.

Source:Burkina 24.com

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