Marche dispersée du 16 septembre : Ce que Bassolma Bazié en dit

« 19 blessés ». C’est l’un des bilans dressés par Bassolma Bazié, secrétaire général de la CGT-B et co-initiateur de la marche-meeting du 16 septembre 2019 réprimée par des éléments de la Police nationale. Dans cette interview accordée à Burkina 24, le mercredi 18 septembre 2019, Bassolma Bazié surnommé « le général » par ses partisans, revient entre autres sur la raison d’être de l’Unité d’action populaire (UAP), organisation auteure de la marche réprimée, et la réponse donnée par le gouvernement suite à la tenue de la manifestation.

Burkina 24 : Après la marche du 16 septembre 2019 qui a été dispersée par la Police, avez-vous dénombré des blessés parmi les manifestants ?

Bassolma Bazié : Primo, la marche a été dispersée par des personnes habillées avec des « insignes de la Police », mais je me refuse à ce qu’on jette « l’anathème » sur la « Police », une noble institution qui a pour devise, « discipline-travail-loyauté ». La Loyauté ici est la disposition de la force publique au service de la citoyenneté, c’est-à-dire, au service de la légitimité d’abord, de la légalité ensuite et du professionnalisme enfin.

En effet, la légitimité des revendications portées n’est plus à démontrer. Sur la légalité, les dispositions de la loi 45/60 en son article 4 alinéas visés, et celle N°22 du 21 octobre 1997 en ses articles 4, 7 et 10 portant liberté de réunions et manifestations sur la voie publique ont été scrupuleusement respectées. Pour le professionnalisme, un homme de tenue qui vient vers vous sur une situation interdite vous brandit, avant tout, une copie d’une correspondance de l’autorité en question.

Ce que les manifestants ont vécu le lundi 16 septembre 2019, soulève deux préoccupations nodales. La qualité de la formation de certains responsables mis à la disposition d’une « force au service de la citoyenneté » et l’utilisation du matériel de la force publique pour contenter les émotions et sensations des « hommes forts du moment ». Cela est un indicateur patent que certains n’ont ni suivi ni retenu la moindre leçon de ce qui s’est passé du côté de Ouaga 2000 avec le procès du putsch.

Du reste, parmi les syndicats dans cette manifestation, il y a le SYNATRAD (douane), le SYNAGSP (Police pénitentiaire), l’APN (Police Nationale), le SYNTETH (Forestiers), etc. Donc je m’abstiens de jeter la pierre sur les FDS.

Secundo, oui, il y a eu 19 blessés qui sont sous traitements. Donc en temps opportun, chacun répondra de ses actes. Parce qu’il est utile de rappeler que des gens ont été assassinés depuis 1987 ou 1990, mais des gens ont été inculpés une trentaine d’années après. Ça n’arrive pas qu’aux autres.

Burkina 24 : Annoncée sous la coupe de l’Union d’Action Syndicale (UAS), des syndicats non-membres de l’UAS et des Organisations de la société civile, finalement la marche-meeting a été organisée par l’UAP. Expliquez-nous ce fait. Qui compose l’UAP ?

Bassolma Bazié : Au-delà du nom UAP qui n’est forcément pas important pour moi, c’est ce qui caractérise ce regroupement en termes de force de contrôle, d’interpellation, de dénonciation et de résistance pour le renforcement de la démocratie, la conquête d’une gouvernance vertueuse, la sauvegarde et la protection des libertés, la lutte contre le pillage des ressources nationales, contre la corruption, contre l’impunité des crimes économiques et de sang etc. qui m’importent.

Du reste, sauf si ceux et celles qui incriminent ce regroupement ont soit des problèmes de culture générale, ou de mémoire, je me fais le petit devoir d’en rappeler ceci.

Primo, le 15 juin 1995, il y a eu la création du Comité pour le Règlement des Affaires pendantes en matière de Droits Humains (CRADH) pour exiger la vérité et la justice suite à l’assassinat de Zigani Emile et de Sidiani Blaise, tous deux élèves à Garango. Le CRADH était composé de plusieurs Organisations au-delà des Syndicats.

Secundo, le 16 décembre 1998, il y a eu le Collectif des Organisations Démocratiques de Masses et de Partis Politiques (CODMPP) pour exiger la vérité et la Justice sur l’assassinat de Norbert ZONGO et de ses trois compagnons à Sapouy. Le CODMPP va au-delà des syndicats.

Tertio, le 12 mars 2008, il y a eu la Coalition Nationale contre la Corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés (CCVC) qui a travaillé en 2011 à faire retirer la loi sur la Taxe de Développement Communale (TDC) que le pouvoir actuel est en entrain de faire revenir sous l’angle de « taxe sur les véhicules moteur », taxe qui est pourtant déjà perçue sur les hydrocarbures. Là aussi, la CCVC va au-delà des syndicats.

Les populations sont ingénieuses et libres dans la construction de leurs formes d’organisations pour faire face à leurs préoccupations pressantes. Mais si cela doit faire des insomnies à quelqu’un qui a de la peine à se mirer en termes de conscience, cela est son problème. Le regroupement actuel aussi va au-delà des organisations syndicales comme celles précédentes, et se limite à la société civile.

Il est composé d’une quarantaine d’organisations de syndicats-Droits Humains-Jeunesse-Femmes, surtout représentatives, dynamiques et constantes. Il est ouvert à toute organisation de la société civile qui veut sérieusement se battre, de la même façon que partir est aussi un droit, et de toutes les façons, ce n’est pas parce que votre corps perd des cellules en se lavant qu’il n’est plus dynamique. Bien au contraire !

Burkina 24 : Les manifestants ont bravé l’interdiction des autorités. Est-ce une manière pour vous de défier l’autorité de l’Etat ?

Bassolma Bazié : D’abord, et une fois de plus, cette manifestation n’a pas été interdite. C’est justement pourquoi dans un Etat de droit, le terme « autorité » a un contenu qui le sous-tend. En effet, la compétence qui caractérise sa lecture et ses prises de décisions, l’exemplarité qui renforce ce qu’elle dit et fait, la sérénité qui dissipe toute attitude émotionnelle sont des constantes qui imposent respect. Et c’est cela et seulement cela qui fonde, légitime et légalise l’institution incarnée qu’est l’Etat. Il est impérieux de ne pas traficoter par notre manque de courage et d’engagement comme des répétiteurs attitrés débitant des arguties du genre « défier l’autorité de l’Etat ».

Evitons donc, comme le dit le penseur, que « l’État tende à se réduire à sa plus simple expression : une bande d’hommes armés. Le gouvernement, lui-même, se réduise à son plus simple appareil : conseil d’administration des affaires générales de la bourgeoisie ». L’autorité d’un Etat se construit surtout par l’exemplarité, l’esprit de sacrifice et la gouvernance vertueuse.

Nous sommes donc bien éduqués et formés pour posséder un minimum dans la tête nous permettant d’éviter de défier l’autorité d’un Etat qui se respecte, celui-là qui est au service de son peuple. Ici, la manifestation était légale et légitime. Du reste, un de vos interviewés, vous a relaté ses imaginations à la hauteur de ses capacités sur ce regroupement UAP ! Chose que nous pouvons légitimement lui concéder, d’autant que nous savons bien qu’il est presqu’impossible de sauter plus haut que ses propres oreilles.

Lire  Marche-meeting de l’UAP : « Une action déstabilisatrice du régime », selon Me Bénéwendé Sankara

Burkina 24 : Justement, quelle réponse donnez-vous face à cette affirmation de Me Benewendé Sankara sur Burkina 24 : « Je ne sais pas honnêtement ce que cette unité d’action populaire cherche, mais à y regarder, pour moi, c’est purement et simplement une action déstabilisatrice du régime en place avec des visées politiques d’orientation d’extrême gauche » ?

Bassolma Bazié : Si le mot « honnêtement » garde tout son sens et toute sa noblesse, votre interviewé doit l’avoir prononcé sans vous regarder en face. Ainsi considéré, le reste s’y attache. Je ne puis en dire plus.

Burkina 24 : D’aucuns estiment que cette manifestation était inopportune au vu du contexte sécuritaire délétère qui commande une union des Burkinabè. Qu’en pensez-vous ?

Bassolma Bazié : Je viens de vous dire que chacun analyse et conclut en fonction de ses capacités. Cela est compréhensible, mais pas acceptable avec un minimum de sens. Parce que, dans ce même contexte d’insécurité, des Wagons de charbon fin sont dans la nature, la presse déniche au quotidien des tas de malversations, des écoles sont décoiffées en moins de six (6) mois d’anciennetés, des lois sont votées pour embastiller la presse et la liberté d’information, des salaires de FDS injustement suspendus (cas de l’APN), des crimes économiques et de sang prolifèrent, etc.

L’unité d’un peuple ne se décrète pas, d’autant qu’elle se nourrit de l’exemplarité de ses leaders dirigeants. Si une union doit être un paravent d’exploitation et de pillage d’un peuple, tout acteur qui s’y engage, consciemment ou inconsciemment paiera cash de ses propres turpitudes. Tôt ou tard ! Parce que vendre une partie de sa dignité pour des raisons d’insécurité, c’est que ce vendeur ne mérite ni la dignité, ni la sécurité.

Burkina 24 : Bon nombre de Burkinabè aussi vous prêtent des envies politiciennes. Bassolma Bazié vise-t-il le pouvoir d’Etat d’une manière ou d’une autre ?

Bassolma Bazié : (Rires) Le savoir étant un antidote contre l’ignorance, je leur dis qu’on n’a pas besoin d’être sur un fauteuil présidentiel ou apparenté pour être utile à son pays. Cette façon de voir les choses est un des apparats d’un esprit complexé. Le paysan dans son champ nous nourrit tous et toutes de par sa sueur qui coule sur son front, le berger qui parcourt la brousse nuit et jour nous nourrit du lait de son troupeau, etc.

C’est justement cette façon aussi de penser qui fait malheureusement croire, qu’après un fauteuil c’est le désastre et on n’incarne point la moindre éthique de la culture de démission. Emballé dans un « moi » surdimensionné jusqu’à ce que même un miroir refuse de vous renvoyer votre reflet dans une atmosphère vespérale imprévue.

Burkina 24 : La marche du 16 septembre 2019 a été dispersée. Quelle réponse l’Unité d’action populaire (UAP) donnera-t-elle ?

Bassolma Bazié : Le regroupement vous reviendra incessamment sur la conduite à tenir pour la satisfaction de sa Plateforme. Ce que le gouvernement a intérêt plutôt à voir, c’est le délai impérativement franc de traitement des préoccupations plus que tout autre chose. Sérénité, unité, engagement, détermination, esprit de sacrifice et victoire pour les défenseurs des acquis démocratiques.

Source:Burkina 24.com

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